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Le blog de cepheides

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articles de vulgarisation en astronomie et sur la théorie de l'Évolution

Publié le par Céphéides
Publié dans : #Évolution

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le cœlacanthe, un fossile vivant ? Vraiment ?

(Crédits : Comoros de l’Expo 2020 Dubaï. CC BY-SA 4.0 JaffaFalcon, via Wikimedia)

 

 

 

        Le 23 décembre 1938, des scientifiques avaient préparé une expédition marine au large de la province du Natal (Afrique du sud)  et ils découvrirent sur un marché local de poissons un étrange spécimen qui fut rapidement reconnu comme un cœlacanthe,  un poisson du groupe sarcoptérygien, proche des ancêtres des tétrapodes, qu’on pensait disparu depuis plus de 65 millions d’années : le monde scientifique fut stupéfait car c’était la preuve que certaines espèces pouvaient survivre depuis ces temps anciens jusqu’à nos jours sans, en apparence du moins, présenter de modifications. On parla immédiatement de « fossile vivant » mais n’est-ce pas un terme impropre ? Un organisme vivant peut-il être réellement un « fossile » ? De plus, ces « fossiles vivants » sont-ils vraiment identiques aux fossiles d’il y a des millions d’années ? Peut-on affirmer sans crainte qu’ils ont cessé d’évoluer ?

 

 

Qu’appelle-t-on un fossile vivant ?

 

        De nombreux animaux sont souvent présentés comme étant des « fossiles vivants » : c’est par exemple le cas des limules, ces arthropodes marins ressemblant superficiellement à de grands crabes cuirassés et qui n’aurait pas évolué depuis des centaines de millions d’années. On peut aussi citer les nautiles, mollusques céphalopodes à coquilles spiralées qui ont conservé une morphologie générale proche de celle de nombreux nautiloïdes du Dévonien, il y a 400 millions d’années, alors que des lignées plus modernes comme les seiches et les encornets se sont profondément transformées. Dans le règne végétal, on évoque souvent le Ginkgo biloba, seul représentant survivant de son ordre, dont l’aspect reste très voisin des formes anciennes dont la lignée remonte à plus de 270 millions d’années. En fait, le terme de « fossile vivant » (qui est peu scientifique) est attribué à des espèces dont la morphologie a peu évolué comparée à celle des fossiles de  leurs très lointains ancêtres et dont la diversité actuelle est notoirement faible. On pourrait croire que ces organismes ont traversé le temps sans jamais changer ce qui n’est pas tout à fait le cas.

 

        Toutefois, ce terme a eu un certain succès comme s’il signifiait que l’on pouvait ainsi voir un témoin direct du passé et observer un animal préhistorique, rencontrer un survivant du temps des dinosaures. Malheureusement pour les tenants de cette belle histoire ce n’est pas le cas.

 

 

La limule appartient à une très ancienne lignée d'arthropodes qui a traversé plusieurs extinctions massives. Elle est souvent citée parmi les exemples classiques de « fossiles vivants ».(crédits : pen-zu-atem-kammen.de)

 

 

Aucun être vivant n’échappe à l’évolution

 

     Quand on observe un cœlacanthe actuel et qu’on le compare au fossile d’un représentant  du Dévonien, on constate des points communs et des différences.

 

.  Concernant les points communs, malgré les millions d’années qui les séparent, les cœlacanthes fossiles et actuels présentent encore de nombreuses similitudes : on  retrouve la structure générale du squelette, les nageoires lobulées et les nageoires caudales trilobées alors que le système circulatoire et le mode de respiration montrent une continuité évolutive. L’environnement est resté globalement le même : le poisson occupe toujours une niche de type habitat rocheux/creux où il se cache et chasse de petites proies et il reste parfaitement adapté au monde moderne forcément différent que ce ce soit en terme de prédateurs ou d’environnement.

 

.  Toutefois il existe des différences, certes peu visibles d’emblée : bien que la forme générale du poisson soit globalement conservée, les proportions et les tailles ne sont pas identiques car les cœlacanthes modernes chassent souvent dans des zones plus profondes et plus froides. L’étude du génome est également particulièrement significative en montrant une divergence qui a accumulé les mutations au fil du temps.

 

        La notion qui ressort de ces différences minimes mais réelles est qu’une relative stabilité morphologique n’est jamais le signe d’une absence d’évolution : il existe des espèces qui, au fil de l’évolution, se transforment jusqu’à en devenir méconnaissables tandis que d’autres, comme le cœlacanthe, changent très peu… ce qui amène à se poser la question de savoir pourquoi.

 

 

 

Pourquoi certaines formes changent-elles si peu ?

 

 

     Nous venons de dire que la stabilité morphologique apparente d’une espèce n'est jamais le signe d'une absence de transformation biologique ; celle-ci peut simplement se dérouler à un rythme plus lent et plusieurs causes peuvent être avancées pour l’expliquer :
.  la stabilité de l’environnement : c'est-à-dire quand la niche écologique demeure globalement la même ce qui est le cas pour le cœlacanthe. Il vit dans des territoires peu étendus et difficiles d’accès, où les prédateurs sont absents ou peu nombreux et qui concernent une population retreinte,
.  une anatomie bien adaptée : l’évolution ne cherche pas à innover et si les individus en place sont bien adaptés à un microcosme qui change peu, elle n’a aucune raison de faire disparaître ce qui fonctionne déjà,
.  la sélection stabilisatrice (ou évolution stabilisatrice) : c’est le processus évolutif dans lequel les individus possédant des caractéristiques moyennes sont avantagés par rapport à ceux qui en ont de trop extrêmes : les individus intermédiaires ressemblant à la moyenne ont souvent les chances de survie et de reproduction les plus élevées.
        Autrement dit, lorsqu’une espèce est déjà bien adaptée et que son milieu change peu, la sélection naturelle tend à conserver les caractères existants plutôt qu’à favoriser des innovations importantes. L’enseignement qui peut être tiré de cette importante notion est que l’évolution ne poursuit aucun objectif de progrès – contrairement à ce que veulent faire croire les créationnistes – mais uniquement s’adapter à d’éventuels changements environnementaux.

 

 

 

Les vrais survivants des grandes extinctions

 

        Pour la Vie sur Terre, cela n’a pas toujours été un long fleuve tranquille : outre les cinq grandes extinctions qui ont fait disparaître nombre d’espèces, elle a survécu à de nombreuses crises biologiques majeures. De ce fait, les espèces qu’on qualifie de fossiles vivants sont donc surtout des survivantes et chacun de leurs représentants en vie aujourd’hui est l’héritier d’une lignée qui a triomphé de centaines de millions d’années d’épreuves diverses.

        On sait que 99 % des espèces ayant un jour régné sur Terre ont aujourd’hui disparu. Seules quelques lignées ont réussi à franchir ces catastrophes biologiques : c’est le cas, par exemple, des crocodiliens qui, bien qu’ils aient conservé une silhouette familière, ont eux aussi connu une évolution importante depuis leurs ancêtres du Mésozoïque. On peut également citer les cas des tortues, des limules et autres ginkgo. Ceux que l’on affuble du titre de fossiles vivants font partie de tout ceux-là mais méritent-ils réellement cette appellation ?

        Cette notion de « fossiles vivants » qui renvoie à un passé si lointain est en partie conservée, bien qu’impropre,  parce qu’elle reste parlante pour le grand public. Il faut aussi reconnaître qu’elle désigne utilement de très anciennes lignées ayant conservé des traits ancestraux.

        En revanche, le terme de fossile peut prêter à confusion car un fossile, c’est avant tout un organisme vivant du passé ayant laissé sa trace dans la pierre ou les sédiments. Or le cœlacanthe et autres ne sont pas du passé : ils sont vivants aujourd’hui !  Surtout, le terme fossile renvoie à l’image de quelque chose de figé à jamais et nous venons de le voir, ces espèces continuent – n’ont jamais cessé - d’évoluer, certes à un rythme très lent, presque imperceptible, mais néanmoins certain.

       Les « fossiles vivants » ne sont pas des fossiles : ce sont des êtres bien vivants qui ont continué, à leur rythme et durant des millions d’années, d’évoluer pour maintenir leur adaptation à leur milieu. Ce qui les rend remarquables, ce n’est certainement pas le fait d’avoir échappé à l’évolution mais que leur apparence ait si peu changé dans un monde autour d’eux qui s’est totalement transformé.  

     Toutes les espèces évoluent au fil du temps mais certaines plus lentement que d’autres : c’est l’enseignement que nous apprend la découverte accidentelle en 1938 du cœlacanthe mais il convient d’insister sur le fait que le cœlacanthe pêché en 1938 n'était pas la résurrection d'une espèce fossile connue mais le représentant moderne d'une lignée que l'on croyait entièrement éteinte.

 

Le ginkgo (Ginkgo biloba) est l'unique représentant actuel d'un groupe de plantes bien plus diversifié apparu il y a plus de 200 millions d'années (crédits : Ginkgo Biloba Tree Leaves at Lucy Gardiner blog/storage.googleapis.com)

 

 


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