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Le blog de cepheides

Le blog de cepheides

articles de vulgarisation en astronomie et sur la théorie de l'Évolution

evolution

Publié le par cepheides
Publié dans : #Évolution

 

 

 

origine-de-l-homme-copie-1.jpg

 

 

 

     "There are Americans who believe that the earth is only about 6,000 years old; that human beings and all other species were brought into existence by a divine Creator as eternally separate variations of beings; and that there has been no evolutionary process.
They are creationists—they call themselves "scientific" creationists—and they are a growing power in the land, demanding that schools be forced to teach their views. State legislatures, mindful of the votes, are beginning to succumb to the pressure. In perhaps 15 states, bills have been introduced, putting forth the creationist point of view, and in others, strong movements are gaining momentum."

(Isaac Asimov, The "Threat" of Creationism, New York Times Magazine, June 14, 1981)

     "Certains américains pensent que la Terre est seulement âgée de 6000 ans, que les êtres humains et toutes les autres espèces ont été engendrés par un Créateur divin en tant que groupes d'êtres différents et éternels et qu'il n'y a jamais eu de processus évolutif.
Ce sont des créationnistes – ils se nomment eux-mêmes créationnistes scientifiques - et ils possèdent un grand pouvoir dans le pays, exigeant que les écoles soient obligées d'enseigner leurs vues. Les autorités des états, soucieuses des votes, commencent à succomber à la pression. Dans peut-être 15 états, des lois ont été promulguées pour imposer le point de vue créationniste tandis que dans d'autres de puissants mouvements se renforcent."

(Isaac Asimov, la « menace » du créationnisme, New York Times Magasine, 14 juin 1981)

(voir glossaire)

 
 


     Nombre de fondamentalistes religieux, nous avons déjà eu l'occasion de l'évoquer dans d'autres sujets, contestent formellement certaines avancées scientifiques, notamment en ce qui concerne la
théorie de l'Évolution, leur bête noire depuis les travaux de Darwin. Si quelques uns des arguments avancés semblent puérils aux yeux de l'homme informé, d'autres sont plus subtils et, parfois, il faut bien réfléchir pour comprendre où se trouvent les pièges dans le discours tenu. Dans ce sujet, je me propose de passer en revue quelques uns des arguments avancés et les réponses possibles, étant entendu que, dans un tel contexte, l'on ne saurait être exhaustif. Il va de soi – mais il est toujours préférable de le préciser – qu'il ne s'agit nullement pour moi d'ouvrir un quelconque débat destiné à opposer science et religion (ce qui m'a été parfois reproché) mais de répondre à ceux que leur foi égare dans des directions insoutenables car définitivement obscurantistes.
 
     Souvent appuyés sur une mauvaise compréhension de la théorie de l'évolution, voire totalement spécieux, ces arguments créationnistes peuvent faire douter : ne nous laissons ni impressionner, ni manipuler car tous sont réfutables. Florilège :
 
 
 
1. la théorie de l'évolution n'est qu'une théorie, pas un fait scientifique
 
     Il est complètement impossible de séparer les faits de la théorie et c'est
justement l'observation des faits qui fait évoluer la théorie de l'évolution. Rappelons que la théorie de l'évolution a été bâtie à partir de faits patiemment observés, les premiers par Darwin lors de son périple à bord du Beagle, notamment aux îles Galápagos. C'est à partir de ces faits scientifiques qu'il a bâti la théorie qui le rendit célèbre. D'autres scientifiques lui ont succédé et ont apporté leur pierre à l'édifice. Alors oui, certains aspects de la théorie de l'évolution ont été réinterprétés, d'autres modifiés, d'autres encore abandonnés et c'est précisément l'extraordinaire faculté de cette théorie à pouvoir être complétée qui en fait une construction purement scientifique.
 
 
 
2. la théorie de l'évolution explique tout par le hasard mais les choses se dégradent toujours quand on les laisse à l'abandon
 
     Le
hasard joue effectivement un rôle important dans la théorie de l'évolution si l'on songe aux mutations, forcément aléatoires, et à la contingence (voir sujet le schiste de Burgess) mais la théorie s'appuie également sur la sélection naturelle qui, elle, ne doit rien au hasard, puisque ce sont les qualités intrinsèques d'un individu (ou d'une espèce) qui lui permettent de s'adapter.
 
 
 
3. les mutations sont toutes nocives : elles n'ont donc pas pu faire évoluer les espèces
 
     C'est un argument fallacieux : on sait que les mutations peuvent être avantageuses ou néfastes mais surtout (c'est le cas le plus fréquent)
neutres.
     Lors du changement du milieu où vivent des individus jusque là bien adaptés, c'est l'apparition d'
individus mutants qui permet à l'espèce de se maintenir : cela a été prouvé bien des fois pour, par exemple, les bactéries mais c'est également vrai pour des organismes plus élaborés. Je ne peux m'empêcher de penser au cas des malades atteints de drépanocytose : il s'agit d'une mutation qui transforme les globules rouges normalement sphériques de l'individu en globules en forme de faucille (d'où l'autre nom de la maladie : l'anémie falciforme). Du coup, le porteur de l'anomalie devient résistant à certaines complications du paludisme. En pareil cas, le fait d'être porteur de la mutation permet donc de mieux résister à la maladie et de se reproduire plus facilement que les sujets normaux (évidemment, en milieu non impaludé, l'avantage se transforme en handicap puisque les globules rouges falciformes sont de moins bonne qualité).
 
 
 
4. la fréquence des mutations est insuffisante pour expliquer la diversité des espèces
 
     Il s'agit là d'une approche simplificatrice : une certaine
variabilité résulte bien des mutations mais pas seulement car il existe également de nombreuses recombinaisons se produisant, sans modification des gènes, au cours de la reproduction. Ce qui importe, c'est l'expression des caractères lors de la régulation des gènes et leur interaction avec ce système de régulation, phénomène extrêmement variable. Des espèces totalement différentes peuvent avoir un patrimoine génétique très proche : par exemple, l'homme partage 99% de ce patrimoine avec certains grands singes. L'important ici est l'évolution des parties codantes (une petite partie seulement du potentiel génétique), évolution soumise à la sélection naturelle et celle-ci agit surtout au niveau épigénétique (voir sujet évolution de l'Evolution)
 
 
 
5. on n'a jamais observé une mutation qui conduirait à une augmentation d'information génétique et donc à une « nouvelle information »
 
     Puisque l'argument sur la seule nocivité des mutations commence à se révéler insuffisant (voir paragraphe 3), les créationnistes ont avancé cette nouvelle idée mais elle est également fausse. Ils prétendent à présent que jamais une « nouvelle information » n'a vu le jour au cours de l'évolution : ils veulent dire ici l'apparition de gènes codants pour de nouveaux caractères, comme, par exemple, de nouveaux organes. C'est pourtant ce qui s'est passé au cours de l'évolution. On sait qu'il est parfaitement possible – et cela a été observé – que, lors de la duplication de gènes préexistants, une des copies soit sensiblement différente de l'originale et c'est même un mécanisme important de l'évolution (c'est ce qui explique, par exemple, les différents groupes sanguins chez l'homme).
     Dans le même ordre d'idée, un autre mécanisme, quoique rare, est la fusion de deux organismes distincts (
endosymbiose) qui ne deviennent plus qu'un seul, avec l'augmentation du matériel génétique qui en résulte. On explique ainsi la présence des mitochondries dans nos cellules : ces petits organites indispensables à la bonne marche cellulaire sont en fait d'anciennes bactéries incorporées il y a très longtemps en une sorte d'association bénéfique pour les deux partis.
     On peut également citer
l'épigénèse qui permet aux cellules totipotentes de l'embryon (voir glossaire et le sujet cellules souches) de se « spécialiser » peu à peu afin de créer des lignées de cellules de plus en plus différenciées avec augmentation de l'information génétique.
 
 

6. les partisans de la théorie de l'évolution font des erreurs parfois grossières
 
     Il est exact que les chercheurs évolutionnistes ont parfois fait des erreurs : par exemple, en attribuant à un ancêtre de l'Homme des squelettes fossiles qui, par la suite, se sont révélés appartenir à des animaux n'ayant rien à voir avec lui. Comme l'a fait remarquer le paléontologue S. J. Gould dans plusieurs de ses articles scientifiques, il s'agit là d'un argument pour le moins surprenant de la part des créationnistes puisque, en somme, cela revient à reconnaître les ressemblances existant entre les anatomies humaines et animales... Mais on a surtout affaire ici à de la mauvaise foi : on sait bien que la science procède par tâtonnements et que c'est un de ses grands atouts que de savoir se
remettre en question. Au contraire des créationnistes pour lesquels leur dogme est acquis une fois pour toutes et n'est jamais modifié, les évolutionnistes reconnaissent volontiers leurs erreurs et leurs approximations : c'est en soumettant une théorie à la lumière de nouvelles découvertes et à de nouvelles preuves expérimentales qu'il est possible de la faire progresser. On peut même avancer que c'est probablement là que se situe le cœur de la recherche scientifique...
 
 
 
7. la théorie de l'évolution ne peut expliquer la naissance de la vie
 
     Certes, la science ne peut pas encore expliquer de manière définitive l'apparition de le Vie sur Terre (encore que l'on ait de bonnes pistes comme les sources sous-marine hydrothermales, les travaux de
Miller reconstituant l'atmosphère primitive (voir le sujet origine de la Vie sur Terre) et y faisant apparaitre des acides aminés, etc.). Toutefois, seule la théorie de l'évolution permet d'expliquer l'extraordinaire diversité de la Vie, présente et surtout passée : il faut se souvenir que 99% des espèces ayant un jour vécu sur notre planète ont aujourd'hui disparu (voir sujet les extinctions de masse). Cette diversité cadre effectivement assez mal avec l'idée d'une Terre créée une fois pour toute il y a 6000 ans...
 
 
 
8. la théorie de l'évolution explique peut-être de petites variations chez certaines espèces mais pas l'apparition de nouvelles espèces
 
     Il n' y a pas de différence entre les « petites variations »
intraspécifiques et les « grandes » variations interspécifiques : elles sont toutes gouvernées par des modifications du code génétique, c'est à dire par les mutations chromosomiques. Le temps passant, les différences au sein d'une même espèce peuvent entraîner des spéciations : à partir de populations appartenant à une même espèce, on arrive, entre autre par isolement géographique, à aboutir à des populations non-interfécondes et donc à de nouvelles espèces.
     Il en va de même pour les grands plans d'organisation du vivant qui sont régis par certains gènes appelés
hox. Toutefois, ces mutations sont globalement le plus souvent défavorables et ne sont donc pas retenues par la sélection naturelle. Ceci explique pourquoi il y a finalement peu de modifications des grands schémas d'organisation de la Vie.
 
 
 
9. certaines espèces n'évoluent jamais
 
     Les espèces évoluent à des rythmes différents et certaines d'entre elles en apparence pas du tout (?). Cette stabilité de certaines espèces est parfaitement conforme à la théorie de l'évolution mais est-elle réelle ? Il faut en effet se rappeler que nous ne disposons, dans la majorité des cas, que de
quelques os fossiles et il est alors bien difficile de savoir si une modification a pu avoir lieu pour les éléments non conservés.
 
 

10. l'homme est différent des animaux et il est impossible de les relier, notamment au niveau spirituel
 
     L'homme est un
primate dont les capacités cognitives sont certainement les plus développées du monde vivant mais il n'existe pas de différence de nature entre lui et les animaux. D'ailleurs, l'éthologie (voir glossaire) a démontré depuis longtemps que les animaux, notamment les plus proches de nous, possèdent également une certaine conscience de soi, une capacité d'abstraction plus ou moins développée, un langage symbolique, etc. Le rire lui-même, on le sait à présent, n'est pas le propre de l'homme (voir les sujets l'âme et le propre de l'Homme).
 
 
 
11. impossible pour l'homme de descendre du singe
 
          L'idée que l'homme « descendrait » du singe est aussi vieille que Darwin_ape.pngl'opposition des créationnistes à la théorie de l'évolution (voir l'article
le dernier ancêtre commun). En fait, l'homme ne descend pas du singe mais partage avec l'un d'entre eux, le chimpanzé, un dernier ancêtre commun, les branches s'étant séparées il y a des millions d'années. Ceci explique d'ailleurs pourquoi on ne peut pas parler d'évolution linéaire, les différentes lignées représentant au contraire une sorte de buisson assez touffu. Il n'y a donc pas de hiérarchie de l'évolution mais une coévolution.
 
 
 
12. la science ment pour défendre des hypothèses discutables
 
     La science souhaite avant tout connaître la Nature, le monde dans lequel nous vivons. Elle ne cherche pas à « asséner des vérités » mais à
expliquer à partir d'observations des phénomènes naturels, d'où des regroupements sous forme de modèles, de lois et de théories explicatives. Avec l'avancée de nos connaissances, les modèles sont affinés, les théories complétées, certaines explications abandonnées. On l'a déjà dit, la science progresse à petits pas entrecoupés d'avancées plus importantes : elle ne « ment » pas, elle cherche.
 

    Cher ami lecteur, j'ai souhaité passer en revue quelques unes des principales idées antiscientifiques avancées par les adversaires de la théorie de l'évolution. Bien sûr, il reste de nombreux points qui, faute de place ou de temps, n'ont pas pu être abordés dans ce sujet. Si d'aventure, il vous arrivait au fil de vos lectures ou de vos discussions d'en trouver, n'hésitez surtout pas à me le faire savoir : nous essaierions alors de décrypter et de répondre. Sans préjugés mais sans complaisance.

 
 
 
 
 
Glossaire (in Wikipedia France)
 
*
Asimov, Isaac (1920-1992) est connu comme étant un des plus grands écrivains de science-fiction (les Robots, Fondation, etc.). Docteur en chimie, il écrivit de nombreux ouvrages et articles de vulgarisation scientifique et fut un ardent défenseur de la théorie de l'évolution. Son combat anti-créationniste est demeuré célèbre.
 
*
cellules totipotentes ou cellules souches : une cellule souche est une cellule indifférenciée se caractérisant par sa capacité à engendrer des cellules spécialisées en se différenciant et sa capacité à se multiplier quasi infiniment à l'identique (autorenouvellement), notamment en culture.
 
*
éthologie : classiquement, il s'agit de l'étude du comportement animal tel qu'il peut être observé en milieu naturel. De nos jours le sens donné à l'éthologie est plus restreint : il s'agit de l'étude objective et scientifique des comportements animaux inspirée notamment par les travaux de Konrad Lorenz (1903-1989) et Nikolaas Tinbergen (1907-1988) dans la première moitié du XXe siècle. Il faut de plus inclure dans cette signification l'étude comportementale des êtres humains et des relations homme-animal. Le principe de base de l'éthologie étant d'utiliser une perspective biologique pour expliquer le comportement, cette science est aussi appelée « biologie du comportement ».
 
  
Images
 
1. arbre généalogique de l'homme moderne (www.ac-versailles.fr/etabliss/ec-pergaud-montesson/)
2. les créationnistes se sont longtemps moqués de Darwin : ils n'ont fait que populariser sa théorie ! (sources : www.lyceepmf-tunis.com)
3. Adam et Eve, tableau de Dürer (sources : www.productionmyarts.com/)
 
(Pour lire les légendes des illustrations, passer le pointeur de la souris dessus)


  

 
Mots-clés : Isaac Asimov - théorie de l'évolution - hasard - mutation - contingence - sélection naturelle - drépanocytose - anémie falciforme - paludisme - épigénèse - endosymbiose - mitochondries - cellules totipotentes - Stephen J Gould - Stanley Miller - spéciation - gènes HOX - éthologie - coévolution
 
(les mots en blanc renvoient à des sites d'informations complémentaires)
 
 


                                  Adam et Ève, les premiers humains ? Vraiment ?

 
 
 
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Mise à jour : 21 février 2023

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Publié le par cepheides
Publié dans : #Évolution, #paléontologie
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                                            les ères géologiques
 
 
 
  
       Pour la Vie, sur notre planète, ce ne fut pas un long fleuve tranquille. Au long des milliards d'années qui la séparent de ses origines, elle aura eu bien du mal à s'accrocher car nombre d'événements cataclysmiques auraient pu définitivement la détruire. Le hasard a néanmoins permis (d'autres diront la « chance ») qu'elle ne disparaisse pas. Jamais, en effet, elle n'aura été aussi menacée que lors des extinctions massives d'espèces qui ont parsemé les temps géologiques.
  
     Rappelons tout d'abord ce que l'on nomme communément une «
espèce » : c'est l'ensemble des populations capables de se reproduire entre elles. A partir du moment où des êtres vivants, même très proches d'apparence, ne peuvent plus donner de descendants susceptibles d'être féconds, on dit qu'ils appartiennent à deux espèces différentes. En systématique qui est la science du dénombrement et du classement des différentes lignées d'être vivants, l'espèce est l'unité de base (on parle alors de taxon).
  
     L'extinction d'une seule espèce est un drame pour la
biodiversité. Elle se produit lorsque son dernier représentant a disparu mais elle est prévisible bien avant, lorsque l'espèce n'est plus représentée que par un nombre insuffisant d'individus devenus incapables, pour de multiples raisons, de se reproduire : il s'agit le plus souvent d'un phénomène progressif, plus ou moins rapide. On sait bien, surtout actuellement avec la domination sans partage des humains qui transforment la planète selon leur bon plaisir, qu'il existe nombre d'espèces, animales et végétales, menacées. Toutefois, il a existé des moments de la vie de la Terre où un nombre considérable d'espèces ont disparu de manière concomitante : il s'agit des extinctions de masse.
 
 
 

Les extinctions dites « de masse »
 

 

     On estime que plus de 99% des espèces ayant un jour vécu sur Terre ont à extinctions-2.pngprésent disparu. Certaines de ces disparitions sont en rapport avec la sélection naturelle qui a permis le remplacement d'espèces par d'autres mais ce n'est pas la seule explication. En effet, à certains moments de l'histoire terrestre, des cataclysmes, difficiles à documenter, ont conduit à la disparition - en même temps - de catégories entières d'espèces vivantes : c'est ce phénomène que l'on appelle extinctions de masse et, pour une fois, l'Homme n'en a pas été le responsable. On reconnaît actuellement cinq extinctions principales qui, toutes, à des degrés divers, ont failli faire disparaître totalement la Vie sur Terre.
 
 
 

Quand ont-elles eu lieu ?
 
 
 
     a.
à l'ordovicien pour la plus ancienne, vers -440 millions d'années (Ma), époque qui est la deuxième du paléozoïque ou ancienne ère primaire. Pour mémoire, rappelons que la première période de ce paléozoïque était le cambrien, celle-là même qui a vu « l'explosion de la Vie » (voir sujet le schiste de Burgess). Un peu moins de la moitié de tous les organismes marins disparaissent à l'ordovicien et les fameux trilobites qui ont laissé de nombreux fossiles regroupant plus de 10 000 espèces différentes, sont presque totalement détruits : ils arriveront pourtant à surmonter la crise, en tout cas temporairement.
 
  
     b.
au dévonien vers -367 Ma, une époque qui a connu un effet de serre important au point qu'on l'a appelée le temps des fougères. Sur Terre, il existe, outre les algues et les bactéries présentes depuis longtemps, des plantes primitives, notamment les fougères géantes aux troncs aussi épais que ceux d'un arbre, dans lesquelles vivent des arthropodes comme les scorpions mais c'est en mer qu'une immense barrière de récifs érigés par des algues calcaires retient l'attention. Ce sont ces récifs qui vont disparaître lors de cette extinction avec une grande partie des poissons de mer (les poissons d'eau douces semblent avoir été moins touchés). Les trilobites perdent encore une grande partie de leurs représentants. On estime que plus de 70% des espèces vivantes ont été détruites à cette époque.
 
  
     c.
au permien vers -245 Ma : à cette période les surfaces émergées de la Terre sont représentées par un supercontinent, la Pangée, entourée par un océan unique. La vie sur ce continent, probablement parsemé de grands déserts, comprend, pour les plantes, des gymnospermes (dont les éléments reproducteurs sont protégés par des capsules), des fougères et les premiers arbres, essentiellement des conifères. Les amphibiens, les arthropodes et les ancêtres des grands reptiles du secondaire constituent l'essentiel des espèces animales. La vie marine est également bien représentée mais les derniers trilobites ont déjà commencé à disparaître. C'est à ce moment que survient la plus grande des extinctions de masse qui touche près de 95% de la faune marine et pas loin de 70% de la faune terrestre. On trouvera une étude plus détaillée de cette extinction dans le sujet qui lui a été consacré ICI.
 
  
     d.
à la fin du trias vers -208 Ma : nous sommes à présent au mésozoïque (ancienne ère secondaire) qui a débuté, on vient de le voir, par la plus grande extinction de masse de l'histoire. A partir de cette date et pendant environ 150
trias_237-copie-1.jpg millions d'années, la vie va reprendre et se diversifier à nouveau. Dans la mer, les récifs vont  revenir et ce sont les coraux dits  modernes qui se taillent la part du lion. Ailleurs, toutefois, les ammonites qui furent durement touchés au cours de l'extinction permienne, pullulent à nouveau à partir de la seule lignée survivante tandis que les poissons, peu atteints par l'extinction, se développent. Les reptiles marins profitent également de l'espace libéré pour représenter des formes géantes à la fin du trias. Sur Terre, la vie poursuit sa progression, notamment la flore avec les conifères, les plantes à graines, les ginkphyta (dont le Ginko biloba est le dernier représentant actuel), etc. Les reptiles s'adaptent assez bien tandis que les premiers ancêtres des mammifères apparaissent. Nouvelle extinction massive à la fin de cette période touchant principalement certains groupes comme les nautiles et les ammonites mais elle est moins importante que la précédente.
 
  
     e.
à la fin du crétacé vers - 66 Ma : c'est l'extinction la mieux connue et probablement aussi la mieux étudiée avec la disparition des grands sauriens. Le supercontinent précédent s'est scindé en plusieurs morceaux qui donneront les continents actuels. Durant cette période qui s'étend sur environ 70 millions d'années, on se rapproche de l'époque moderne avec une transformation de la flore qui, encore très jurassique au début (le jurassique est la période précédente), voit naître les premiers représentants des arbres modernes (figuiers, magnolias, etc.) tandis que les plantes à fleurs sont bien représentées.
 
     Sur Terre, c'est donc l'ère des dinosaures qui règnent sans partage tandis que les mammifères, tous très petits, n'ont que peu d'importance dans l'écologie locale. En mer, les poissons presque modernes se sont multipliés (ce qui permet l'apparition des premiers grands sauriens prédateurs) tandis que d'autres animaux comme, par exemple, les requins, sont bien adaptés à ce milieu. Dans l'air, les reptiles volants comme les ptérosaures sont en compétition avec les oiseaux. C'est dans ce milieu apparemment stable que va survenir la grande extinction dite K-T ou crétacé-tertiaire, délimitant les ères secondaire et tertiaire (la classification actuelle à fusionné les ères tertiaire et quaternaire regroupées sous le nom de cénozoïque). Assez brutalement, les dinosaures vont disparaître laissant la voie libre à l'expansion des mammifères ; en mer, les nautiles et les ammonites sont anéantis ainsi que tous les reptiles marins (à l'exception des crocodiles et des tortues). Schématiquement ne survivent en définitive que les petits mammifères, les oiseaux, les poissons, les plantes terrestres et quelques coraux.
 
 
  

Quelles en sont les causes ?
 
 
     De nombreuses hypothèses ont été avancées et aucune (à part, peut-être, la dernière, au crétacé-tertiaire mais on y reviendra) n'a jusqu'à présent véritablement emporté la conviction. On s'accorde toutefois pour dire qu'il s'agit presque forcément de causes très générales. Les premières qui viennent à l'esprit sont évidemment des événements « extérieurs », c'est à dire des causes purement physiques, mais on peut aussi invoquer des causes liées à la vie elle-même (biologiques).
 
 
          a.
causes physiques : pour faire bref, on ne retiendra ici que les principales, à savoir :
 
     * des
variations climatiques : elles peuvent être dues à un phénomène de volcanisme extrême. C'est le cas à la fin du permien (2.c) avec l'apparition des « trapps de Sibérie » (voir glossaire). Il faut se rappeler que, à cette période, il n'existe qu'un seul supercontinent, la Pangée. Dès lors, tous les systèmes écologiques sont en contact et un cataclysme important a la possibilité de les trapps-sib-rie.jpgtoucher tous à la fois. Ca a peut-être été le cas avec cette extraordinaire éruption volcanique qui, en peu de temps (moins d'1 million d'années), va déposer une épaisseur de laves de près de 4 km d'épaisseur sur une surface grande comme les 2/3 de la France. L'émission de gaz toxiques en grande quantité, des pluies acides dévastant la végétation, un obscurcissement fréquent dû aux fumées ne peuvent pas ne pas avoir eu de conséquences. L'effet de serre résultant a dû être intense mais jusqu'à quel point a-t-il été nocif et fut-il suffisant pour expliquer la disparition de 95% des espèces présentes ? Ou bien s'agit-il d'un autre phénomène tel qu'une variation de la salinité de l'océan qui aurait affecté les organismes marins et par contrecoup toute la chaîne alimentaire ? Ou bien encore plusieurs causes à la fois ? La solution de l'énigme n'est pas très claire et les recherches actuelles n'ont pas encore tranché (voir complément en fin d'article).
 
     *
des modifications du niveau de la mer : elles peuvent être la conséquence, outre de phénomènes volcaniques intenses, d'un mouvement des plaques tectoniques ou d'une glaciation rapide. Par exemple, c'est cette dernière hypothèse qui a souvent été avancée pour l'extinction de l'ordovicien (2.a) : les plateaux continentaux, immenses à cette époque, abritent, au sein de mers péricontinentales, la majorité des êtres vivants de telle manière qu'une baisse du niveau des mers suite à un refroidissement intense peut toucher et détruire la majorité des niches écologiques.
 
     * un
événement extraterrestre comme la chute d'un astéroïde (nous y reviendrons à propos de l'extinction K-T (2.e) ou l'entrée du système solaire dans une zone de l'espace riche en matière interstellaire, hypothèse parfois évoquée mais jamais démontrée.
 
 
               b.
causes biologiques : on sait qu'un écosystème est fragile puisqu'il est la résultante d'un équilibre délicat entre les différents protagonistes de la chaîne alimentaire mais il reste assez difficile d'apprécier la conséquence de la disparition d'une seule espèce. Certains auteurs pensent qu'elle peut affecter l'ensemble des autres acteurs entraînant, selon la théorie des dominos, l'ensemble du système. En pareil cas, un événement finalement mineur peut être responsable de la catastrophe.
 
     A l'inverse, d'autres scientifiques avancent que les espèces coexistent ensemble par hasard et que la disparition d'une seule espèce est vite comblée par les autres qui repeuplent rapidement la niche écologique laissée vacante. On comprend donc que cette approche nécessite, pour expliquer une extinction massive, la disparition en même temps de plusieurs espèces non apparentées et l'événement causal est forcément exceptionnel et majeur. Les travaux actuels semblent plutôt donner raison à cette vision globaliste.
 
 
 
 
Cas particulier de l'extinction "crétacé-tertiaire"
 
 
     C'est, nous l'avons déjà dit, l'extinction qui a fait disparaître les grands sauriens, permettant dans le même temps l'émergence des mammifères et donc de l'Homme. De nombreuses hypothèses ont été avancées : par exemple, la
compétition entre les espèces vivantes (notamment la destruction des œufs de sauriens par les mammifères), l'apparition des plantes à fleurs contenant des substances toxiques pour les dinosaures, une épidémie fulgurante ou une élévation de la température qui aurait rendu ces derniers stériles. Mais, comme toujours en science, trop de coupables potentiels, trop de spéculations parfois antagonistes masquent surtout le fait que nous restons dans l'incertitude.
 
     Une théorie déjà plus réaliste concerne d'énormes
éruptions volcaniques ayant eu lieu dans le Deccan (Inde) sur une durée estimée à un demi-million d'années : des couches de lave gigantesques ont été retrouvées dans cette région (Trapps du Deccan) pouvant atteindre jusqu'à deux kilomètres et demi d'épaisseur de basalte pour une surface de 500 000 km² (et probablement une surface d'origine trois fois supérieure). Comme pour les trapps de Sibérie, au permien, il est évident que les quantités de poussières, de cendres et de gaz carbonique rejetées ont dû avoir un effet très défavorable sur les écosystèmes.
 
     Malgré tout, rien n'était réellement convaincant jusqu'à ce que des scientifiques,
Walter et Alvarez père et fils, aient avancé quelque chose de plus crédible : la chute d'un astéroïde. Ils ont, en effet, étudié les schistes contenant les couches correspondant à la limite K-T. Grosse surprise : ces strates contiennent toutes de l'iridium, un élément rare sur Terre mais volontiersprésent dans les matériaux extra-terrestres. Il n'en fallait pas plus pour avancer que la chute d'une énorme météorite
était la coupable... Dans un second temps, venant à l'appui des dires des trois scientifiques, un cratère fut mis à jour, à Chicxulub, au nord de la péninsule du Yucatan (Mexique). Selon divers scientifiques ce cratère aurait été provoqué par la chute d'une météorite de près de 10 kilomètres de diamètre qui se serait abattue sur la Terre il y a environ 65 millions d'années, c'est-à-dire à la fin du Crétacé (voir l'article la disparition des grands sauriens). L'impact de cette masse gigantesque, outre le raz-de-marée initial, aurait conduit à la projection dans l'atmosphère d'une énorme quantité de poussières et de cendres voilant la lumière du Soleil durant peut-être plusieurs années, avec les conséquences que l'on imagine : la disparition des dinosaures devenus incapables de trouver leur importante nourriture journalière et du plancton dépendant de la photosynthèse (et, par voie de conséquence, d'une partie de la faune marine).
 
     En revanche, les graines et spores des plantes à fleurs auraient pu attendre le retour à la normale de même que certaines espèces comme les mammifères, à l'époque de très petite taille et plutôt du genre fouisseur. La théorie est séduisante – il y a certainement eu chute d'une grosse météorite et les dates concordent à peu près - mais explique-t-elle pour autant l'extinction de masse ? On en discute encore.
 
 
 
 
Réalité des extinctions de masse
 
 
     Elles ont eu lieu, c'est un fait acquis mais leurs causes sont plus sujettes à caution et, osons-le dire, nous ne sommes vraiment sûrs de rien. Cela provient vraisemblablement du fait qu'il nous est impossible de préciser, à partir d'archives fossiles souvent incomplètes, l'équilibre d'un écosystème sur quelques milliers ou même quelques millions d'années : si nous y arrivions (et ce sera peut-être le cas un jour), nous pourrions affirmer la disparition d'un ensemble d'espèces en quelques jours (météorite) ou sur plusieurs centaines de milliers d'années (trapps ou la conjonction de la chute d'une météorite et d'un volcanisme intense).
 
     Il y a autre chose : on a jusqu'à présent évoqué les cinq grandes extinctions mais les archives fossiles nous apprennent qu'il y en a eu d'autres, quoique de bien moindre importance. Certains chercheurs ont même avancé une
date de périodicité : tous les 26 millions d'années. D'où viendrait une telle périodicité ? Un mouvement cyclique du globe terrestre ? Quelque chose en rapport avec le Soleil ? Ou avec le déplacement du système solaire dans l'espace intergalactique ? Le mystère reste entier.
 
 
  

Peut-il y en avoir d'autres extinctions ?
 
 
     A l'évidence, ce qui s'est déjà produit peut se reproduire : on peut même se demander si nous ne sommes pas en train de vivre la
6ème grande extinction de masse avec les transformations que font subir les hommes à notre pauvre planète. Depuis que les humains ont pris le dessus sur le monde dans lequel nous vivons – et singulièrement depuis l'ère industrielle – le processus de disparition de bien des espèces animales et/ou végétales s'accélère. Les média ne cessent de nous rappeler le délétère effet de serre qui nous menace dès les prochaines décennies.
 
     Mais, même sans attendre le désastre annoncé, il y a bien d'autres sujets de préoccupation : la surpopulation des humains qui s'entassent de plus en plus dans des mégalopoles difficilement contrôlables, le recul des terres boisées au profit de surfaces cultivées qui restreignent d'autant le territoire des animaux, la désertification induite par des techniques de culture inappropriées, le bétonnage touristico-économique des plus beaux endroits de nos côtes (et pas seulement !), la pollution des eaux douces et la destruction progressive du milieu océanique naturel, le saccage de territoires entiers pour prospecter les énergies fossiles, etc. J'en passe et des pires. Or, rappelons-nous ce fait inquiétant : pour l'Homme, nous évoquons une action qui se calcule au mieux en centaines d'années.
 
     Les extinctions précédentes portent sur des durées bien plus longues : de là à prédire que nous courons vers la catastrophe, il n'y a qu'un pas qu'il semble aisé de franchir. Certes, l'Homme, par son intelligence, est conscient (?) du problème et peut éventuellement proposer des solutions. Mais la Nature, indifférente, ne se laissera sans doute pas aussi facilement dominer. L'avenir de la Terre ne sera pas non plus un long fleuve tranquille.
 
 
 
 
 
Glossaire
 
     *
trapps : coulées de lave en escalier dont les « marches » (plateaux de basalte) peuvent être aussi hautes que des falaises. Les trapps de Sibérie sont souvent incriminés dans la survenue de l'extinction du permien tandis que ceux du Deccan, en Inde, sont suspectés dans l'extinction K-T (et donc des dinosaures) vers – 65 millions d'années. La théorie la plus courante concernant l'origine de ces derniers trapps les associe à un point chaud du manteau terrestre que l'on connaît sous le nom de point chaud de la Réunion.
 
 
 
Images
 
1. les différentes ères géologiques
2. les extinctions de masse (sources : www.mnhn.fr/)
3. la carte de la Terre au trias (sources : www.dinosaures-web.com/)
4. trapps de Sibérie (sources : jcboulay.free.fr/)

5. carte de l'impact du météorite de Chicxulub (sources : www.mnhn.fr/)

(Pour lire les légendes des illustrations, passer le pointeur de la souris dessus)

 

 
 
Mots-clés : espèce - taxon - ordovicien - cambrien - dévonien - permien - Pangée - trias - nautiles - ammonites - limite K/T - trapps de Sibérie - trapps du Deccan - Walter Alvarez - iridium - Chicxulub
(les mots en blanc renvoient à des sites d'informations complémentaires)
 
 
 

Compléments : le Permien a été marqué par un empoisonnement massif

 

     Un empoisonnement au mercure. Voilà ce qui aurait précipité la disparition de 95% des espèces marines à la fin du permien (il y a 250 millions d'années), selon Hamed Sanei, de l'université de Galgary (Canada). En étudiant les sédiments laissés à cette époque dans la région du lac Buchanan, dans l'Arctique canadien, les chercheurs ont trouvé des concentrations en mercure équivalentes à celles de sites industriels hautement pollués. Ce mercure aurait été libéré au moment de la formation des grands trapps de Sibérie, un épisode volcanique intense s'étalant sur plus de 50 000 ans, au cours duquel des millions de km2 se sont retrouvés sous 3 km de lave. 7600 tonnes de mercure auraient été relâchées dans l'air chaque année, soit quatre fois plus que les émissions actuelles, saturant les océans et les écosystèmes. "Mais cela ne peut être la seule cause de l'extinction de la fin du Permien" précisent les auteurs. Les écosystèmes étaient déjà affectés par les quantités phénoménales de gaz carbonique et de dioxyde de soufre libérées lors de ces gigantesques éruptions, qui ont perturbé durablement le climat de la Terre. Les chercheurs envisagent des études similaires pour les quatre autres extinctions massives qu'a connues notre planète. S.F.
 
Revue Science & Vie, p. 29, n° 1134, mars 2012
 
 
 
 
 
 
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Charles Darwin (1809-1882)

 

 

     On sait depuis bien longtemps que Science et Religion ne font pas bon ménage. Pour s'en convaincre, il suffit de nous rappeler ce qui s'est passé il y a quelques siècles sous nos latitudes : citons, parmi bien d'autres, deux exemples célèbres comme l'abjuration de Galilée (« et pourtant elle tourne ») ou le procès et le bûcher de Giordano Bruno, tous deux coupables d'avoir eu raison trop tôt. Je précise « sous nos latitudes » car ce mal est universel et touche toutes les sociétés, sous tous les climats : les religions (et d'une manière plus générale les systèmes philosophiques) n'aiment guère que l'on remette en question leurs dogmes, « vérités » immuables et sans appel.

 

     Pourtant la Science ne s'intéresse pas à la Religion : elle décrit des faits, émet des hypothèses, propose une méthode expérimentale et avance des explications, retenues jusqu'à ce qu'une observation plus précise vienne approfondir... ou infirmer l'idée de départ. La Religion, en principe du domaine privé, cherche quant à elle à expliquer le Monde d'un point de vue métaphysique et souhaite moraliser la Société. En théorie, il s'agit par conséquent de deux approches ambitieuses de l'esprit humain mais dont les chemins n'ont pas de raison de se croiser... Sauf que, afin d'asseoir ses théories qui sont en fait des « révélations », la Religion – quelle qu'elle soit – a besoin d'affirmer des vérités... qui relèvent du domaine scientifique. Ainsi, des créationnistes claironnent à qui veut bien les entendre que « la Terre a été créée il y a 6000 ans » ou « que Adam et Ève ont bel et bien existé », remettant ainsi en cause le fondement même de la paléontologie. Ces affirmations d'un autre âge prêtent évidemment à sourire et ne traduisent que l'ignorance (pour rester poli) de leurs auteurs. C'est tellement vrai que certains créationnistes eux-mêmes le reconnaissent et, en haussant les épaules avec un sourire entendu, expliquent qu'il s'agit là de métaphores mal digérées et que le débat se situe à un autre niveau. Ceux-là ont compris que le meilleur moyen de faire triompher leurs opinions est de donner l'impression de combattre la Science « de l'intérieur », avec ses armes ou, pour être plus exact, avec des armes qui ressemblent à celles de la Science et qui sont destinées à promouvoir des théories pseudo-scientifiques.

 

     Le dernier avatar créationniste actuel, tarte à la crème brandie par tous ceux qui ne sauraient se contenter de la réalité (le hasard, le néodarwinisme, l'Univers en expansion, l'insignifiance de l'Homme dans la Galaxie, etc.) s'appelle le « dessein intelligent » ou, pour reprendre le terme exact de leurs concepteurs nord-américains, « the intelligent design ». Nous allons nous intéresser d'un peu plus près à ce concept qu'il convient de bien connaître afin de combattre cette nouvelle ignorance aux effets délétères. Toutefois, au préalable, il n'est pas inutile de revenir sommairement sur l'historique du combat créationnisme- science.

 

 

D'abord, un peu d'histoire

 
    Bien qu'existant depuis que la Science a cherché à s'extirper du domaine religieux, le véritable point de départ du débat remonte à la publication par Charles Darwin de son célèbre ouvrage « l'origine des espèces » (1859). Pour la première fois, un scientifique, s'appuyant sur une observation minutieuse du vivant, osait affirmer que les espèces avaient évolué au fil du temps (des millions d'années), se transformant progressivement pour certaines d'entre elles ou disparaissant purement et simplement pour d'autres, faute d'adaptation à un monde changeant. Pire pour les créationnistes, ce changement progressif était essentiellement dû au hasard, cette « évolution » n'ayant en soi aucune finalité précise. De ce fait, l'Homme n'était qu'une espèce vivante au sein d'une multitude, ne représentant aucun « progrès » particulier. Dieu étant absent de la théorie, le scandale fut profond chez les croyants intégristes qui ne renoncèrent jamais à contester ce qui, pourtant, tombait sous le sens de l'observation scientifique. Moins présente avec la religion catholique (Jean-Paul II reconnaît que « la théorie de l'Evolution est bien plus qu'une simple hypothèse »), la « contestation » de l'Evolution est surtout présente avec l'islam et encore plus avec les fondamentalistes protestants (notamment aux USA), créationnistes purs et durs.

 
    C'est en
1925 qu'un procès célèbre donna raison aux créationnistes dans le Tennessee : les contestataires, ici les scientifiques, furent condamnés à des amendes pour avoir défendu la théorie de l'Evolution et la sélection naturelle, ce qui était contraire aux lois de l'état du Tennessee, un jugement qui fit jurisprudence dans nombre d'états, notamment du sud des États-Unis. Il faudra attendre plus de 35 ans pour que ce jugement soit invalidé : nous sommes alors en 1960 et le procès a lieu à Little Rock, dans l'Arkansas. Cette fois, la théorie de l'Evolution et celle de la Création ne sont plus considérées comme équivalentes du point de vue de l'enseignement : seule la première est appelée à être enseignée, au grand dam des créationnistes de tous bords, et c'est encore aujourd'hui la position des Autorités américaines. Ne pouvant contester directement la théorie de l'Evolution qu'ils considèrent comme « antiscientifique » (sic), les créationnistes changèrent de tactique en introduisant un nouveau concept : le dessein intelligent.

 

 

Le « dessein intelligent »

 
     Cette nouvelle approche des créationnistes est donc née de la décision de la Cour suprême des USA jugeant que seules les théories scientifiques peuvent être enseignées dans les établissements publics américains, ce qui ne peut être le cas des théories créationnistes. D'où l'introduction de cette nouvelle théorie, le dessein intelligent. De quoi s'agit-il en réalité ? D'une adaptation pseudo-scientifique du transformisme de Lamarck où est défendue, à travers ce transformisme, la notion de progrès ou, dit autrement, celle d'une tendance au perfectionnement : l'Univers est comme il est parce qu'il est parfaitement ajusté à l'Homme et justement si l'Homme a pu apparaître, c'est précisément en raison de paramètres spécifiques prévus pour lui. On ne défend plus de thèses « fixistes » mais on avance que l'Evolution n'a pas pu se faire « par hasard » et qu'elle recèle une volonté supérieure ayant « organisé » tout cela. Au delà du raisonnement quelque peu circulaire, on comprend que la dimension réintroduite est celle de la finalité. Bien sûr, on ne cite plus le nom de Dieu mais on prétend alors que l'évolution au fil des âges ne pouvait aboutir qu'à l'Homme, maillon ultime et forcément le plus évolué de toute la « Création » (voir le sujet sur le schiste de Burgess). Il n'y a plus de hasard et l'Univers ne pouvait conduire qu'à cette solution, un aboutissement prémédité depuis le départ.

 

   Malheureusement pour les créationnistes, aucune preuve scientifique n'a jamais été apportée par eux pour conforter ce qui reste une profession de foi. Les juges ne s'y sont pas trompés puisque, lors d'un nouveau procès qui s'est tenu cette fois en 2005 à Dover (Pennsylvanie) et pour exactement les mêmes motifs qu'en 1960, il fut répondu que le dessein intelligent, malgré ses tentatives pour paraître « scientifiquement acceptable », ne répond pas plus à des critères scientifiques que le créationnisme simple de naguère. Inutile de préciser que ce jugement soulagea considérablement les scientifiques du pays (même les « croyants ») pour lesquels la mise sur un pied d'égalité des deux approches aurait considérablement terni l'image de la science américaine. Ajoutons qu'un même soulagement gagna les scientifiques du monde entier... Les fondamentalistes américains et autres évangélistes n'ont certainement pas dit leur dernier mot : j'en veux pour preuve l'effort considérable (et les masses d'argent) qu'ils déploient pour faire triompher leurs idées. Même en France, pays fondateur de la laïcité, nous ne sommes pas à l'abri de ces obscurantismes.

 

 

 
La solution, c'est la connaissance

 
   D'abord et avant tout, il faut diffuser les connaissances scientifiques modernes en matière d'évolution, notamment dans les lycées et notamment dans les classes de biologie. Les théories antiscientifiques quel que soit leur habillage prospèrent avant tout sur l'ignorance du plus grand nombre. Il est vrai qu'il s'agit là de disciplines ardues qui n'intéressent guère tous ceux que la Science, pour une raison ou pour une autre, rebute. Toutefois, une démarche de vulgarisation est nécessaire : au delà des ouvrages savants et des articles documentés qui sont par définition réservés à un petit groupe d'intéressés, il est indispensable de présenter de manière ludique l'histoire de nos ancêtres. Je suis personnellement ravi de voir qu'un certain nombre de films et de documentaires (exposés d'Yves Coppens, films sur l'évolution de l'Homme, sur les dinosaures, documentaires en images de synthèse de la BBC, etc.) se sont attelés à cette tâche difficile, notamment par l'intermédiaire du plus grand des médias de vulgarisation : la télévision.

 

 

 

 
Glossaire (sources : Wikipedia France)

 

* transformisme : le transformisme est une théorie biologique dont l'histoire remonte à l'époque où Jean-Baptiste de Lamarck énonça sa fameuse théorie sur l'évolution des espèces. Elle désigne aujourd'hui indifféremment toute théorie impliquant une variation (ou transformation) des espèces au cours de l'histoire géologique. On peut en cela l'opposer au fixisme, et donc au créationnisme et à ses différentes variantes (théorie des créations ponctuées, par exemple).

 
* fixisme : le fixisme est la théorie selon laquelle il n'y a ni transformation ni dérive des espèces. Chaque espèce serait apparue telle quelle au cours des temps géologiques. C'est donc une théorie qui renie la spéciation et qui s'oppose aux théories de l'évolution. Elle est souvent confondue avec le créationnisme et pourtant, il est possible de revendiquer une position de créationniste et de fixiste en même temps ou encore de créationniste et d'évolutionniste. De nos jours, aucun biologiste n'accepte plus cette théorie.

 

 

Images

 

1. Charles Darwin, pionnier de la biologie moderne (sources : bip.cnrs-mrs.fr)

2. la création d'Adam et Eve, enluminure (sources : www.telequebec.tv)

3. la Pape Jean-Paul 2 (sources : wikipedia.fr)

4. image extraite d’un livre scolaire illustrant la nouvelle théorie du dessein intelligent (sources : canalacademie.com/)

(Pour lire les légendes des illustrations, passer le pointeur de la souris dessus)

 

 

 

Mots-clés : religions - méthode expérimentale - créationnisme - dessein intelligent (intelligent design) - Charles Darwin - hasard - islam - fondamentalisme protestant - procès de Little Rock - transformisme - Jean-Baptiste de Lamarck - procès de Dover - laïcité - télévision 

(les mots en blanc renvoient à des sites d'informations complémentaires)

 

 

 

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équilibres ponctués
Stephen J. Gould (1841-2002)

 

  
 
 
     Les écrits de Stephen J. Gould furent pour moi une révélation : ce brillant paléontologue, géologue de formation, savait expliquer comme personne la paléontologie dont il était un des plus brillants représentants, sans jamais céder à la tentation de la caricature ou à la simplification. Pour paraphraser je ne sais plus qui, on avait, avec lui, l'impression d'être intelligent et de comprendre une science parfois un peu austère. Mais, au delà de cette remarquable faculté de vulgarisation, il permettait de réfléchir sur ce qu'est la science en général car, en sceptique qu'il était, il ne se contentait jamais de l'acquis et remettait sans cesse en question ce que l'on savait ou croyait savoir. Avec lui, la paléontologie était en perpétuelle mutation. J'en veux pour preuve son livre « Wonderful Life » (la vie est belle, 1989, traduit dans la collection Science, aux Editions du seuil).
 
     La trame de cet ouvrage est la suivante : au début du siècle dernier, en 1909, (cent ans déjà !) un paléontologue américain alors fort réputé puisque le chef de file incontesté de la paléontologie américaine, Charles Doolitle Walcott (1850-1927), mit au jour, au Canada britannique, un gisement d'animaux fossiles remontant au Cambrien, c'est-à-dire au tout début de l'apparition de la vie sur Terre (- 540 millions d'années) que, bien sûr, il chercha à interpréter. Ce gisement, appelé schiste de Burgess, mettait en évidence nombre d'animaux appartenant à des espèces n'ayant pas survécu à la sélection naturelle. Ce qui est passionnant est que Walcott les a catalogués comme des formes primitives, archaïques, dont la grande majorité aurait, selon lui, par la suite donné des descendants qualifiés de « modernes ». Or, et c'est là tout l'intérêt de l'histoire, dans les années 70, Harry Whittington (de l'université de Cambridge) et ses élèves ont réexaminé les travaux de Walcott et ont conclu à une faute d'interprétation de sa part, une faute en rapport avec des préjugés antiscientifiques principalement dus à l'approche religieuse de l'époque. Cette réinterprétation radicale (selon les termes de Gould) concernait non seulement la faune du schiste de Burgess mais, implicitement, l'histoire entière de la vie, y compris notre propre évolution.
 
 
 
 

« L'explosion » du Cambrien et les animaux du schiste de Burgess

 

     C'est à l'époque du Cambrien que se situe un épisode énorme de diversification avec la première apparition dans les archives fossiles d'animaux multicellulaires dotés de parties dures. Il est apparu à ce moment là – et en peu de temps – un nombre considérable de nouvelles espèces comme « venues du néant ». Aujourd'hui, beaucoup de fossiles antérieurs datant du Précambrien ont été découverts mais la prolifération soudaine du Cambrien reste en partie difficile à comprendre. Les animaux du schiste de Burgess (- 530 millions d'années) datent de peu de temps après. Incroyable coup de chance : le contexte particulier du schiste a permis de préserver les traces des parties molles de ces animaux, parties molles dont on sait qu'elles ne sont pratiquement jamais conservées (d'où les fossiles souvent assimilés à quelques os, voire à une ou deux dents). Or les parties molles, seules, permettent de comprendre la conformation et le degré de diversité des anciens animaux. Comme ils sont la seule grande faune d'animaux à corps mou de cette époque ancienne, les animaux du schiste de Burgess sont une sorte de témoins du moment où naquit la vie moderne dans toute son ampleur.

  

 

Stephen j Gould
animaux de la faune de Burgess


 

 

 L'interprétation de Walcott

 

 

 Charles Doolitle Walcott fut un des plus illustres paléontologues de son époque au point qu'il dirigea durant de nombreuses années le Smithsonian Institute de Washington, un des lieux les plus prestigieux de la discipline. Découvreur du site de Burgess, il chercha donc à interpréter, à l'aune des connaissances de l'époque, les étranges animaux découverts dans la couche de schiste (on pense que ces « habitants » d'un talus de boue situé à la base d'une haute muraille furent emportés lors d'un mini-tremblement de terre vers des bassins stagnants et dépourvus d'oxygène – et donc à l'abri de la décomposition et des charognards). Pour Walcott, suivant en cela les idées de son temps, il était impensable que ces animaux n'aient pas donné des « descendants » aussi est-ce la raison pour laquelle il chercha à les faire entrer de force dans des « moules », des « lignées » ayant conduit à la faune actuelle. En effet, Walcott pensait que l'Homme se situe au sommet de la hiérarchie animale, qu'il en est, en quelque sorte, le maillon évolutif ultime et que toute la chaîne de l'Evolution, depuis la première cellule procaryote, n'est qu'une longue marche vers le « progrès », une longue marche vers l'Homme. Selon cette analyse, forcément, les animaux de Burgess étaient donc des formes dites primitives ou archaïques des animaux contemporains.

 

 

 

Réinterprétation de la faune de Burgess

 

     Il aura fallu attendre des décennies pour repenser cette classification pour le moins arbitraire. Les fossiles réétudiés ont montré que la plupart d'entre eux n'ont donné aucun descendant dans aucune lignée actuelle bien que n'étant en aucune façon défavorisés fonctionnellement par rapport aux autres. Mieux, les solutions adaptatives apportées par certains de ces fossiles étaient tout à fait astucieuses et originales... Ces animaux anciens représentent, miraculeusement conservés, une étape de la Vie avec ses possibilités innombrables. Toutefois, puisqu'ils n'ont donné aucun descendant, il faut bien admettre l'intervention « d'extinctions » massives – et surtout aveugles – comme critères de sélection. C'est ce qu'ont cherché à établir les scientifiques qui ont réétudié ces fossiles, étude qui se poursuit toujours, puisque nombre d'entre eux n'ont pas encore pu être convenablement examinés.

 

 

 

 Au bout du compte, quelles leçons peut-on tirer de cette étude ?

 

 

     En premier lieu, une idée paraît acquise : les formes de vie décrites dans le schiste de Burgess ne sont en aucune manière archaïques et/ou primitives. Elles représentent simplement, non pas des impasses de l'évolution, mais bel et bien des lignées authentiques n'ayant pu fournir de descendance pour des raisons, certes inconnues, mais sans rapport avec leurs qualités intrinsèques.

 

     On peut avancer ensuite que la sélection naturelle a été dans ce cas « aveugle », ne retenant que certains au détriment d'autres sans qu'il existe  de raisons adaptatives spéciales, ce qui laisse supposer que cela a été également le cas lors des autres grandes extinctions massives : le hasard mais pas la nécessité... Il ne s'agit d'ailleurs pas en réalité d'un hasard au sens général du terme, mais de ce que Gould appelle « la contingence ». Autrement dit, s'il nous était possible de remonter de manière précise sur la réalité de ces extinctions, on trouverait une foule de « détails » dont l'accumulation logique conduit à la solution retenue par la Nature mais en sachant qu'une reprise au début des évènements étudiés conduirait à une autre solution évolutive... Il paraît en effet fort improbable que ces « détails » puissent se reproduire en nombre et en suite logique identiques ; chaque nouveau démarrage de l'histoire produirait une solution différente : l'Homme, de ce point de vue, est un accident historique. On peut donc dire que la contingence – c'est en tous cas ce que j'en comprends – est la résultante d'un mélange associant hasard (la solution retenue) et déterminisme (la suite des détails accidentels ayant conduit à l'état actuel), et que ce « mélange » finit par devenir une « chose en soi », la véritable essence de l'histoire.

 

     L'étude de la faune du schiste de Burgess a également permis de comprendre que la Vie, dès le début, était extraordinairement polymorphe, apportant presque d'emblée une multitude d'adaptations possibles au monde vivant. Par la suite, et en raison des extinctions massives (ce que certains nomment « décimations »), il s'est produit un appauvrissement des spécificités vivantes, appauvrissement que nous vivons encore aujourd'hui (surtout depuis l'apparition de l'Homme comme animal dominant).

 

     Dès lors, on comprend que rien n'est jamais écrit au départ et que, plus encore, l'orientation vers la survie des espèces qui ont conduit à l'émergence de l'Homme est du domaine de l'accidentel. Comme le dit Gould (c'est ce que j'évoquais ci-dessus), si on refaisait, à la manière d'un film, le chemin à l'envers, il est statistiquement certain que l'Evolution n'emprunterait pas le même chemin : des millions de probabilités différentes seraient qualifiées avant de (peut-être) en revenir au monde actuel. En somme, il n'existe pas de schéma évolutif particulier.

 

 

 

 

Glossaire

 

     * Schiste : un schiste est une roche métamorphique d'origine sédimentaire (souvent une argile) qui, sous l'action de la pression et de la température, a acquis un débit régulier en plans parallèles que l'on appelle plans de schistosité
     *
Cambrien : le Cambrien, qui s'étend de - 542 à - 488 millions d'années, est la première des six périodes du Paléozoïque (ou ère primaire)
     *
Cellule procaryote : cellule primitive qui ne contient ni noyau, ni organites par opposition aux cellules eucaryotes
     *
Contingence : la contingence est le pouvoir de se produire ou pas et donc le contraire de la nécessité.

  

 

 

Brêve : un petit ver marin, ancêtre des vertébrés

 

     C'est un petit squelette fossile de 5 cm, qui rappelle le ver ou l'anguille... Pikaïa gracilens, disparu depuis plus de 500 millions d'années, a pourtant une longue histoire et une grande postérité. Car en le décrivant pour la première fois, l'équipe des paléontologues canadiens Simon Conway Morris et Jean-Bernard Caron a prouvé qu'il était le plus primitif chordé connu : soit un membre du groupe dont sont issus tous les vertébrés, et donc... les mammifères ! Sa découverte remonte à 1911, dans les schistes de Burgess (Canada). Sommairement étudié, Pikaïa est alors classé avec les vers. L'hypothèse de son appartenance aux chordés n'est lancée que dans les années 70, sans réelle preuve. C'est désormais chose faite grâce au méticuleux travail de description effectué par les paléontologues canadiens. Ils ont mis en évidence sa bouche entourée de deux petits tentacules, entre 4 et 9 paires d'appendices un peu en dessous de sa tête, ainsi que l'existence de vaisseaux sanguins et de myomères - des faisceaux de muscles. Mais surtout, ils ont pointé la présence d'un tube neural et d'une "chorde", la structure cartilagineuse qui définit l'appartenance aux chordés. Des découvertes qui ouvrent de nouvelles pistes de réflexion sur le mode de vie et surtout sur l'origine de ce groupe fondamental pour comprendre les animaux actuels.

(in Science & Vie, n° 1136, p. 13, mai 2012)

 

 

Brêve 2 : nouvelles découvertes sur Hallucigénia sparsa

Avec ses longues épines dorsales, on dirait un personnage de l'univers des Pokémon. Mais Hallucigenia sparsa était un ver minuscule qui a vécu il y a 508 millions d'années. Une nouvelle étude canado-britannique vient d'élucider certains de ses mystères, chambardant le monde de la paléontologie.

 

«Nous avons découvert qu'Hallucigenia avait le pharynx tapissé de petites épines qui agissaient comme des dents pour le traitement de la nourriture», explique Martin Smith, de l'Université de Cambridge, qui, avec un collègue ontarien, publie dans la revue Nature une nouvelle analyse d'un fossile découvert il y a 100 ans dans les schistes de Burgess, dans les Rocheuses. «On pensait que ce type d'épines du pharynx était apparu plus tard dans l'évolution. Nos résultats montrent qu'elles étaient présentes dans les espèces qui sont les ancêtres d'une foule d'insectes et de crustacés.»

Hallucigenia, qui faisait environ un centimètre de longueur, a reçu son nom dans les années 70, quand un célèbre paléontologue britannique, Simon Conway Morris, a découvert que la classification initiale du fossile comme un simple ver était inexacte et qu'il avait des tentacules d'un côté du corps et des épines de l'autre. «C'était l'époque des drogues hallucinogènes, et Hallucigenia avait vraiment l'air sorti d'une hallucination», dit M. Smith.

Mais cette reclassification contenait elle aussi une erreur fondamentale: Conway Morris pensait qu'Hallucigenia marchait sur ses épines. Une nouvelle étude en 1991 a découvert que les tentacules dorsaux étaient en réalité des pieds.

La nouvelle étude canado-britannique ajoute la description de la tête d'Hallucigenia. «Personne n'avait jamais pu l'examiner, parce qu'elle est trop petite, dit M. Smith. On avait peur de la détruire en essayant de la dégager de la pierre.» Le fossile était conservé au Musée royal de l'Ontario à Toronto (ROM). Les schistes de Burgess sont l'un des sites les plus importants du monde pour les fossiles de l'«explosion du cambrien», une période d'une cinquantaine de millions d'années où la diversification de la vie, apparue sur Terre il y a 3,8 milliards d'années, s'est accélérée.

publié le 29 juin 2015 par Mathieu PERREAULT, La Presse (Canada)

 

 

 

Images:

 

1. Stephen J. Gould (sources :  www.stephenjaygould.org)

2. le mont Burgess et son lac (Canada, Colombie britannique)

3. les animaux du schiste de Burgess. Beaucoup de ces êtres n'ont donné aucun descendant actuel : ils étaient pourtant aussi bien armés que les autres, certains ayant même développé des solutions très originales. (source : maxicours.com)

4. la carte de la Terre au cambrien (sources : www.alex-bernardini.com/)

 

 

Mots-clés : Stephen J Gould - livre de Gould : "la vie est belle" - Charles Doolittle Walcott - cambrien - Harry Whittington - "explosion" du cambrien - extinctions de masse - sélection naturelle - contingence - hasard - déterminisme

(les mots en gris renvoient à des sites d'informations complémentaires)

 

 

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5. l'Evolution est-elle irréversible ?

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Mise à jour : 28 mars 2023

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Publié dans : #Évolution

 

 

mitose
mitose (division cellulaire)

                          

 

     Comme toute théorie scientifique, la théorie de l'Evolution est une théorie en ce sens qu'il s'agit d'une tentative quantifiée de rapprocher et d'expliquer un certain nombre de faits restés autrement orphelins. Elle s'appuie, entre autres, sur des observations directes (par exemple, le voyage de Darwin à bord du Beagle), sur des expériences reproductibles qui la confortent et sur l'apport d'autres disciplines qui la complètent, telles, pour ne citer que celles-là, la génétique et l'éthologie.

 
     Puisqu'il s'agit d'une théorie scientifique, elle évolue constamment et, au contraire des dogmes, notamment religieux, ne reste jamais figée. En somme, elle évolue au fur et à mesure qu'évoluent les connaissances humaines... Et, vous savez quoi ?, plus ces connaissances et les moyens techniques d'investigation avancent, plus la théorie se complète et, contrairement à ce que prétendent les esprits chagrins, prend encore plus de consistance. Vous voulez un exemple ? Prenons l'indispensable apport de la génétique à l'Evolution.

 

 

Évolution et génétique

 
     Lorsque Darwin pensa et publia la théorie qui le rendit universellement célèbre, on ne savait rien de la génétique (qui ne fut redécouverte qu'au début du XXème siècle). Une partie de son observation reposait donc sur des faits qu'il ne pouvait pas expliquer. Plus tard, la génétique progressant, les trous furent progressivement comblés tant et si bien que, dans les années 1940, le russe Theodosius Dobzhansky et l'allemand Ernst Mayr élaborèrent la "théorie synthétique de l'Evolution" qui mariait le génétique de l'époque, encore balbutiante, avec la théorie darwinienne de l'Evolution. Du coup, un certain nombre de points d'interrogation tombèrent. Toutefois, on pensait - et beaucoup pensent encore - que les mutations génétiques n'étaient dues qu'au fruit du pur hasard. Un certain nombre de généticiens se posèrent alors cette question : pourquoi l'unique mécanisme de l'Evolution échappant à la sélection naturelle était-il celui qui engendrait les variations héréditaires ? Ainsi, la sélection naturelle aurait abouti à l'oeil du lynx, au cou de la girafe, au cerveau de l'homme mais il n'y aurait aucun mécanisme particulier à l'apparition de mutations héritables et profitables aux organismes ?

 

 

Génétique et épigénétique

 
    C'est ainsi que, sous l'influence du prix Nobel de physiologie et de médecine, l'américaine Barbara McClintock, on arriva à une lecture plus approfondie de la transmission génétique dite "épigénétique" : des organismes possédant des ADN identiques peuvent avoir des phénotypes (voir glossaire) différents. Comment cela est-il possible ? Eh bien, à ADN identique, grâce aux modifications de l'activité d'un ou plusieurs gènes, des changements deviennent permanents à la suite d'un évènement particulier comme un stress persistant, la modification de l'environnement, etc. On parle alors d'épimutation, c'est-à dire la transmission de différences, non sur l'ADN lui-même, mais sur des groupements chimiques qui lui sont attachés. (Il est à noter que cette transmission n'existe pas seulement au niveau cellulaire mais concerne aussi le comportement de l'individu à travers l'apprentissage comme l'a montré l'éthologie). Revenons un instant au niveau cellulaire.

 
     On sait bien que, lorsqu'une cellule osseuse se divise, elle donne un autre cellule osseuse, une cellule pancréatique, une autre cellule pancréatique, et ainsi de suite, alors que le patrimoine génétique de ces cellules relève du même ADN. Comment ? On possède quelques pistes parmi lesquelles les mieux connues concernent en effet les profils d'expression des gènes qui induisent des modifications perdurant même lorsque les stimuli qui les ont mis en place ont disparu. Or, chez les organismes pluricellulaires, ce mécanisme existe également dans leurs cellules sexuelles et permet la transmission d'une génération à l'autre. Par exemple, l'inactivation permanente d'un gène peut conduire deux individus de même génotype à avoir deux phénotypes différents : c'est le cas chez la fleur Linaria vulgaris mais a aussi été trouvé chez la souris. Etonnant, non ?

 

 

La théorie de l'Évolution "évolue" sans cesse

 
     L'exemple que nous venons de résumer et qui, bien entendu, fait le cas de vérifications encore en cours d'analyse, démontre, s'il en était besoin, la plasticité de la théorie de l'Evolution, jamais figée, jamais définitive, mais dont les piliers (sélection naturelle, transmission génétique des caractères, hasard dirigé par les changements du milieu) restent toujours des quasi-certitudes.

 
     On le comprend
bien, il n'est nul besoin du "dessein intelligent" (voir article), dernière illusion à la mode des créationnistes. Mais nous aurons l'occasion d'en reparler.

 

 

 

Sources : Eva Jablonka (in la Recherche, n° 27, mai-juillet 2007)

 

 

Glossaire

 
     génotype : un génotype est le patrimoine héréditaire, génétique propre à un individu. Tous les individus d'une même espèce possèdent le même nombre de chromosomes (23 paires chez l'espèce humaine; notation : 2N=46) transmis par les cellules sexuelles et disponibles en une ou plusieurs copies (ploïdie). Chacun des chromosomes est composé de gènes (environ 30 à 35000 chez l'homme) qui sont eux mêmes composés d'allèles (version différente d'un même gène). On appelle génotype l'ensemble des allèles d'un individu portés par l'ADN d'une cellule vivante. L'interaction du génotype d'un individu avec son environnement détermine son phénotype qui peut être modifié par mutation.

 
    phénotype : le phénotype est l'ensemble des traits observables (caractères anatomiques, morphologiques, moléculaires, physiologiques, éthologiques) caractérisant un être vivant donné (ex: couleur des yeux, des cheveux, phénylcétonurie...). Le phénotype est dépendant du génotype ou plus précisément de l'identité des allèles portés par chaque individu sur une ou plusieurs positions des chromosomes, mais l'influence du milieu peut également être importante. De nombreux phénotypes sont dépendants de multiples gènes et influencés par certaines conditions spécifiques du milieu.
épimutation : transmission héréditaire des différences, non sur l'ADN lui-même, mais sur des groupements chimiques qui lui sont attachés.


 
Images:

1. division cellulaire (sources : www.mpl.ird.fr)

2. Ernst Mayr (sources : harvardsquarelibrary.org)

3. mécanisme épigénétique de la régulation transcriptionnelle par l’acétylation ou la déacétylation des histones. L’histone acétyltranférase (HAT) est impliquée dans l’activation transcriptionnelle et l’HDAC est impliquée, avec les MBD, dans la répression transcriptionnelle (Nakao 2001). (source : archimede.bibl.ulaval.ca)

 (Pour lire les légendes des illustrations, passer le pointeur de la souris dessus)

 

 

 

 

Mots-clés : - Charles Darwin - théorie de l'évolution - voyage du Beagle - génétique - éthologie - Theodosius Dobzhansky - Ernst Mayr - théorie synthétique de l'évolution - sélection naturelle - épigénétique - épimutation - Barbara McLintock  

(les mots en gris renvoient à des sites d'informations complémentaires)

  

 

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     A tout seigneur, tout honneur, on le sait bien, une des cibles privilégiées des obscurantistes est la théorie de l'évolution (bien plus qu'une théorie, on y reviendra). Pour introduire la réflexion sur le sujet, quel meilleur moyen que de citer les premières lignes de l'article écrit par Pascal PICQ, , paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France, dans un numéro récent de l'excellente revue "Pour la Science" (Pour la Science, n° 357, juillet 2007, p. 40). Je le cite :

 

     Une des plus belles avancées des connaissances en science se voit rejetée comme jamais auparavant. Le patient travail de recherche plus que centenaire d'une communauté de femmes et d'hommes de différentes nations et de diverses cultures se retrouve contesté sur des fondements que l'on croyait révolus depuis des décennies. L'une des plus grandes contributions à la pensée moderne et universelle attachée à la modernité est à nouveau menacée par l'obscurantisme : l'évolution.
Récemment, les médias se sont alarmés de la diffusion massive et ciblée de plusieurs milliers d'exemplaires d'un ouvrage richement illustré. L'auteur prétend y démontrer que la théorie de l'évolution est erronée, que toutes les espèces connues aujourd'hui sont inchangées depuis des milliards d'années, car créées comme telles. La pseudo-argumentation est aussi pauvre que fallacieuse : puisque des animaux fossiles ressemblent - en première approximation - aux animaux actuels, l'évolution n'existe pas. L'objectif du livre n'est pas d'argumenter, mais de semer le doute chez ceux qui ne connaissent pas la théorie de l'évolution. Cette offensive islamique appelle la réprobation dans nos contrées laïques. Cependant, peu de commentateurs ont souligné que cette action de propagande remarquablement exécutée vient de Turquie, le seul pays musulman officiellement laïque. Mais n'oublions pas que cette menace s'inscrit dans un mouvement plus profond, plus ancien et mieux organisé qui vient de l'Ouest : le créationnisme porté par les évangélistes fondamentalistes américains selon qui l'Univers et donc la Terre ont été créés par une intelligence supérieure, un dieu.
L'Europe laïque, dont la France, se pensait à l'abri de ces controverses d'un autre âge : erreur !
 
 
     L'image représente un trilobite (voir glossaire). Franchement, quel autre moyen d'expliquer le règne de ces animaux (plusieurs dizaines de MILLIONS d'années), disparus il y a si longtemps lors d'une extinction de masse, que par la théorie de l'évolution ? Des disparitions qui concernent près de 99% des espèces ayant un jour existé...
 
 
schiste de Burgess

 

la faune du shiste de Burgess
(voir le sujet : le schiste de Burgess)
 
 
     Oui mais, les créationnistes veulent à tout prix  une finalité, un grand dessein organisé par quelque "grand architecte" de l'Univers (de préférence le leur) or il n'y a, à l'évidence, aucune finalité, aucun but  dans l'apparition, la vie puis la disparition de millions d'espèces animales, comme ça, au hasard, parce que les circonstances sont soudain devenues défavorables (qu'on se souvienne du météore du Yucatan qui décima les dinosaures : à quelques milliers de km près - une misère pour l'espace - il aurait évité la Terre, les dinos auraient été épargnés et nous ne serions pas là pour en parler...). Eh oui, n'en déplaise à certains, si le film devait repartir de zéro, comme le dit le paléontologue Gould, il est très peu probable que les mammifères - et donc les hommes - soient à nouveau sélectionnés. Parce qu'il s'agit d'une sélection qui ne tient compte que des facteurs de circonstance (adaptation ou pas à un moment donné) et que la Nature avance à l'aveugle, par tâtonnements, sans but précis. Un hasard, en somme.
  
     Mais, après tout, moi, je veux bien que chacun ait ses propres croyances : c'est souvent le moyen de se rassurer à bon compte. Sauf que, lorsque la science explique, qu'elle démontre, qu'elle prédit même parfois, les préjugés doivent alors s'effacer. Sinon, c'est nier l'évidence. Rappelons-nous ce vieil adage de la Rome de jadis: "quos vult perdere, Jupiter dementat" (Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre) !. Ne nous laissons pas aveugler par les faux prophètes et les gourous de pacotille.
 
 
  
 
 
Glossaire
 
     * trilobites : les trilobites (ou Trilobita) constituent une classe d'arthropodes marins fossiles ayant vécu durant le paléozoïque (ère primaire) du Cambrien au Permien. Les derniers trilobites ont disparu lors de l'extinction de masse à la fin du Permien, il y a 250 millions d'années. Les trilobites sont bien connus car ils sont certainement le second groupe le plus répandu de fossiles après les dinosaures. Par ailleurs, ils ont donné les fossiles les plus diversifiés : on recense entre neuf et quinze mille espèces. La plupart d'entre elles étaient des animaux marins simples et petits, qui filtraient la vase pour s'alimenter. (in Wikipedia France)
 
 
Images
 
1. algues bleues, la plus ancienne forme de vie sur Terre (sources : forum.mikroscopia.com)    
2. trilobite (sources : krlphotography.typepad.com)
3.  les animaux de la faune du schiste de Burgess (source : www.maxicours.com)

 (Pour lire les légendes des illustrations, passer le pointeur de la souris dessus)

 
 
Mots-clés : trilobite - théorie de l'évolution - extinctions de masse - météore du Yucatan - Stephen J. Gould 
 (les mots en blanc renvoient à des sites d'informations complémentaires)
 
 
 
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